La chanson napolitaine, Naples et ses musiciens

Ce qui suit sur la chanson napolitaine, à été écrit pour des conférences par Mme Josette Rance. Cette merveilleuse petite femme a consacré la troisième partie de sa vie à faire  des recherches sur des sujets qui l’intéressaient particulièrement, la musique est sa passion. Parmi tous ses projets, j’ai participé à sa recherche sur la chanson napolitaine et voici les notes qu’elle m’a données.

Ses conférences étaient accompagnées de nombreuses diapositives de Naples, Capri, le  Vésuve, et de musique napolitaine, naturellement. Maintenant elle va atteindre sa 88° année, les conférences, c’est terminé mais le gout de la recherche lui est resté. Il suffit de lui téléphoner et 15 min après, elle vous rappelle avec la réponse dans 90% des cas!

Je vous transcrirai donc ce qui à fait les délices de certains cercles, certaines paroisses, a Vichy, à Paris et ailleurs. Cette Merveilleuse petite femme de 1 mètre et 54 centimètres (Chut! Elle veux pas que ça se dise!), c’est ma mère.

La chanson Napolitaine, Naples et ses musiciens

La beauté de Naples a été chantée par une foule de voyageurs. Une baie harmonieuse, qu’emplit une mer bleu, un horizon fermé par le Pausilippe, les îles: Capri, Ischia et son château Aragonais, Procida. La presqu’île de Sorrente et le Vésuve majestueux en font des lieux privilégiés depuis les temps les plus anciens. Sorrente immortalisée par l’héroïne de Lamartine, Graziella.

Sur la plage sonore où la mer de Sorrente
Déroule ses flots bleus aux pieds de l’oranger
Il est, près du sentier, sous la haie odorante,
Une pierre petite, étroite, indifférente
Aux pas distraits de l’étranger!

La giroflée y cache un seul nom sous ses gerbes.
Un nom que nul écho n’a jamais répété!
Quelquefois seulement le passant arrêté,
Lisant l’âge et la date en écartant les herbes,
Et sentant dans ses yeux quelques larmes courir,
Dit : Elle avait seize ans! c’est bien tôt pour mourir!

Note: Le roman de Graziella se situe presque entièrement sur l’île de Procida. D’après la légende, la Sirène Parthénope donna son nom à la ville qui s’était développée autour de son tombeau. C’est entre Capri et Sorrente que Ulysse aurait écouté le chant des sirènes.

Naples et la Sicile formaient un Royaume appelé: Le Royaume des 2 Siciles. Sous la domination Normande, au XII Siècle, on édifie le Castello del Ovo, forteresse de forme ovoïdale.

Au XIII siècle, Charles D’Anjou, né en 1226, frère de Saint-Louis, se voit offrir par le Pape Innocent IV, ce royaume, pour diminuer la puissance de Conrad, héritier de Frédéric de Hohenstaufen, lui-même descendant du célèbre Empereur Frédéric Barberousse. En 1282, Charles d’Anjou fait construire le Castel Nuovo ou Castel Angioino sur des plans du château d’Angers. Des fêtes ont lieux pour cet événement.

Robert d’Artois se rend a Naples et emmène avec lui le Trouvère Adam De La Halle qui, pour la circonstance, écrit un drame, genre lyrique Le jeu de Robin et Marion, au milieu de mystères et miracles, joué dans ce XIII siècle. C’est un pièce profane. De la Halle meurt à Naples en 1285.

Le caractère napolitain

Pour comprendre la chanson napolitaine, il faut d’abord comprendre le caractère napolitain. En 1845, un écrivain Sicilien, émigré à Naples, Emmanuel Bidera, le définissait ainsi:

La noblesse ne sait pas se dépouiller de la fierté espagnole (héritage de l’occupation du XV siècle) et le peuple ne sait pas oublier qu’il a été Grec et conserve les usages des anciens spartiates, le Lazzarone (voleur à la sauvette) n’est ni esclave affranchit des romains, ni un Ilote. C’est un home libre, désinvolte, spirituel qui a hérité des superstitions des Étrusques et des Latins comme la Jettatura (le mauvais œil), à lire, Jettatura de Théophile Gautier.

Ce peuple n’a de vie intime que durant les quelques heures de sommeil. Il est laborieux et pacifique. Le vendeur qui crie dans la rue, vous le verrez s’étendre dans cette rue et dormir au soleil dés que sa marchandise sera écoulée.  Il aime aussi les étrangers et invite souvent. Pour cela il dépensera sans compter, insouciant, il bavarde, fait du tapage mais est incapable de haïr.

Toutes les chansons napolitaines reflètent ces caractéristiques. Les premiers inspirateurs du chant napolitain sont l’amour, la lumière et la chaleur. Naples est par définition la ville du soleil et de l’amour.

La chanson napolitaine n’est pas et ne peut être considérée comme un chant populaire. Elle a été crée par des auteurs qui reflètent dans leurs compositions le sentiment du peuple à travers sa propre sensibilité. La musique contient des chansons expressives d’une douceur mélancolique, qui alterne joie et frénésie qui sont le propre du peuple napolitain.

D’où les deux formes  précisées de chanson

La première accompagne les fêtes et les danses du peuple, son rythme est très vif et s’étend souvent dans une tonalité mineure qui évoque la mélancolie, ou l’on retrouve souvent des moments de gaieté insouciante. La Nenia est encore la trace vivante des mélodies et genres musicaux antiques grecs.

La Tarantella est d’auteur inconnu. Cela voudrait dire « Tarantolla », c’est-à-dire une araignée venimeuse de la pouille. Sa piqûre donne la danse de Saint Guy qui fait tourner les gens en cercle. L’étymologie dériverait aussi du nom de la ville de Tarente. La traduction de l’une des plus fameuses chansons de Tarentelle est:

Allons voir sur la plage
illuminée par la pleine lune
les pécheurs de Mergellina
qui dansent la tarantelle

Si vous passez par Sorrente, ne ratez pas le spectacle folklorique local de la Tarantella. Tout d’abord vous y retrouverez toutes les plus fameuses chansons du répertoire napolitain: Funiculì funiculà, O sole mio, Torna a Surriento etc… Puis les danses typiques de cette fameuse tarantella toujours accompagnées bien sûr de musique napolitaine.

Vous y retrouverez l’esprit des napolitains, son histoire, ses joies et ses tragédies, Polichinelle (personnage clef né à Naples) Masaniello et son destin tragique etc…

Mais que veux dire tarantella? Bien que cette danse soit diffuse dans une grande partie de l’Italie, particulièrement dans le sud, elle est bien née à Naples. La Tarantella est un grosse araignée noire, plusieurs versions. Un des plus plausibles serait la danse que faisaient les paysans pour éviter les morsures de celles-ci durant les récoltes dans les champs. Au moyen âge, en période d’obscurantisme, cette danse naît du peuple afin de remplacer les divinités païennes de la Magna Grecia (Grande Grèce). On y fête un dieu qui pardonne et guéri de les piqûres infligées au « Tarantato ».

L’histoire de la Tarantella est un histoire de répression, répression de la culture populaire, paysanne, archaïque, liée aux fables et aux rites de la terre et des astres. Pendant le Concile de Trente (1542), la musique est interdite est vue comme un élément démoniaque. Cependant la Tarantella continue tout de même dans les villages et forets les plus retirés et cachés du peuple, elle guéri ou mène à la tentation. Les musiciens populaires continuent de jouer pendant des heures et des heures avec leurs tambours, les flûtes et la lyre, ses mélodies sensuelles, sur les places des villages, avec ou sans la présence d’un « tarantato ». Au cours des siècles la musique se transforme, le « tarantisme » diminue et fini par disparaître.

De génération en génération, ces danses collectives ou de couple se transforment. Ont les retrouve sur les places de village, dans les processions. Elles deviennent poétiques et l’amoureux les chante sous la fenêtre. de sa belle. Avec l’arrivée des musiques noires américaine, la tarantella ajoute de nouveaux instruments plus rythmiques, Seulement dans certaines campagnes du sud de l’Italie survie encore la musique moyenâgeuse avec ses danses liées encore à cette croyance originale. Donc, Si vous vous trouvez à Sorrente, Allez voir ce spectacle enchanteur. Vous deviendrez peut être protagonistes et acteur.

La naissance de la chanson napolitaine

Il est impossible de donner la célèbre date exacte de la naissance de la chanson napolitaine. Du temps des Normands (1140-1195). De cette époque, on a recueilli une chanson les lavandières du Vomero. Le Vomero est une des collines qui entourent Naples et sur laquelle est bâti le Monastère de San Martino.

Il existe un dicton Napolitain qui dit:

A Napoli se nun se canta se more
(A Naples si l’on ne chante pas, on meurt)

La première époque du chant napolitain remonte au XV siècle.

Dans le nord de l’Italie on appelle ses chansons Frottola, c’est une composition populaire caractérisée par un refrain. La poésie est écrite spécialement pour être mise en musique. Elle est souvent banale. Les poètes et musiciens de cour prennent même l’inspiration populaire pour leurs compositions.

Les XV et XVI siècles

Déjà dans ce XV siècle, l’Italie et Naples en particulier connaît le degré de perfection de la musique polyphonique rapportée par les Maîtres étrangers et surtout les Flamands.

Roland De Lassus qui séjourna à Naples une dizaine d’années, connu les poètes locaux qui lui inspirèrent des mélodies. Il est né à Mons, en Belgique, en 1532 et mort à Munich en 1594.

Orlando di Lasso, comme on le nommait en Italie, a laissé une villanelle fameuse, Sto core mio (ce cœur à moi). La Villanelle est typiquement Napolitaine, chanson à 2 ou 3 voix, elle est souvent chantée en dialecte. La traduction du mot villanelle veut dire à peu près, chant de vilain, de paysan plutôt médisant.

A la fin du XV siècle, on l’emploie dans les comédies à Madrigal, ancêtre du mélodrame d’où est sorti en Italie, mais un peu plus tard, l’opéra Bouffe. Durant tout le XVI ème Siècle, se développe dans les milieux cultivés, parallèlement à la poésie raffinée, un gout pour la poésie populaire.

A Naples, né vers 1560, Carlo Gesualdo, Prince de Venosa, entouré de musiciens dans la maison de son père, il fréquente aussi et devient l’ami de Torquato Tasso, né à Sorrente en 1544.

Gesualdo met en musique plusieurs poèmes du Tasse, tel que:

Je suis de glace au dehors
et le feu brûle en moi
Si je me tais, la couleur me gagne

Vers la fin du XVI siècle, la villanella se transforme en chansonnette et se fond sur un air de danse (la gaillarde). Elle reste le témoignage du chant populaire napolitain qui était chanté dans les rues, sur les places, souvent accompagné de luth, de flûte ou cornetto. Après avoir écrit La Jérusalem libérée, le Tasse, qui hantait les cours italiennes (surtout à Ferrare la famille d’Este) meurt en prison à Sorrente en 1595.

Gesualdo subit à Naples l’influence de Palestrina et compose des airs religieux. Naples, ce morceau de ciel descendu sur terre, est alors une vrai pépinière de musiciens et instrumentistes nés dans la ville même où qui viennent y enseigner et y mourir.

On en compte pas moins d’une dizaine, parmi eu Provenzale, né à Naples, qui est l’un des fondateurs de l’école napolitaine.

Les XVII et XVIII siècles

Le XVII siècle voit la naissance du Mélodrame et le déclin de la chanson napolitaine. Mais l’école Napolitaine fondée par Francesco Provenzale, né à Naples en 1624 et mort dans cette ville en 1704, est appelée à jouer un rôle dans toute l’Europe.

XVIII, la chanson napolitaine reprend de l’importance, Naples est le centre le plus important de l’Italie grâce à ses écoles ou conservatoires: Conservatoire des Pauvres, Conservatoire Sainte Marie de Lorette, Conservatoire Saint Onofrio et Conservatoire La Pietà dei Turchini.

Ce sont des œuvres de bienfaisance, qui deviennent comme à Venise le célèbre Ospedale de la pietà, des écoles de chant, puis de musique et ont comme maîtres les plus grand compositeurs Napolitains. Le plus célèbre pari eux fu Alessandro Scarlatti, dont nous  reparlerons plus loin.

Une autre cause de reprise musicale de Naples est l’avènement de Charles de Bourbon, fils de Philippe D’Espagne sur le trône du Royaume des Deux  Sicile en 1734. Ami des arts et de la musique, il trouve le théâtre de San Bartolomeo trop antique. Il fait construire un théâtre de cour à coté du Palais Royal. Bâti en 270 jour, le nouveau théâtre pris le nom du fondateur et fut inauguré le 4 novembre 1737, jour de la Saint-Charles (San Carlo) avec un opéra de Sarro un autre napolitain, sur un livret de Métastase qui étudia à Naples. Métastase est resté célèbre pour un livret de la Clémence de Titus, opéra de Mozart.

Leonardo Vinci (ne pas confondre avec le peintre florentin) né en Calabre en 1690, est mort à Naples en 1730. Il fut le maître de chapelle du Prince de San Severo et de la chapelle royale de Naples et il est aussi l’un des premiers à s’inspirer des chansons populaires dans un mélodrame, lo cecato fauzo. Il a écrit plusieurs chansons populaires dont sur le sorbier et le Néflier.

Le mélodrame se transforme en opéra-bouffe, représentant la vie de Naples, ses rues, ses lieux publics. La commedia dell’arte y emprunte son fameux Pulcinella (Polichinelle) typiquement napolitain.

Naples, depuis l’arrivée de la famille d’Anjou sur le trône, fut la ville musicale par excellence. La beauté du paysage aidant, elle attira de nombreux compositeurs étrangers. Parmi les plus illustres, au XVIII siècle, Georg Friedrich Haendel fit 3 voyages en Italie et séjourna en 1708 un an à Naples. Il y composa son opéra Agrippina et une cantate intitulée Parthenope, en souvenir de la célèbre sirène. Ce qui le frappa le plus, furent les écoles de musique ou l’on enseignait le chant à une certaine catégorie d’élèves: les castrats. Ces chanteurs avaient subit dés l’enfance, un cruelle mutilation, la castration, afin d’éviter la que la mue ne transforma leur voix à l’âge adulte. Le plus célèbre d’entre eux, Farinelli, né en 1705 à Andria (province de Bari, alors intégrée au Royaume de Naples).

Au départ ces enfants chantaient dans les églises, mais peu à peu, ils chantèrent dans les théâtres, les concerts et, lors de l’avènement de l’opéra, ils eurent de grands succès. C’est à eux que nous devons l’art du Bel Canto.

A Naples, Haendel fréquenta les Scarlatti, père et fils qui l’influencèrent beaucoup. Alessandro Scarlatti, est né à Palerme le 2 mai 1660, élève de Provenzale à Naples, il est bientôt nommé Maître de Chapelle et devient rapidement le musicien de l’aristocratie napolitaine. Il compose pour les fêtes et il est considéré comme le précurseur de Mozart en utilisant pour la première fois l’ouverture dite « à l’italienne ». Il meurt à Naples le 22 octobre 1725.

Son fils Domenico, né à Naples le 1 octobre 1685, est resté le plus célèbre. Élève de son père au conservatoire dei Poveri di Gesù Cristo. De 1709 à 1714, à Rome, il est au service de la reine Marie-Casimir de Pologne et devient, par son intermédiaire, Maître de Chapelle de l’ambassade du Portugal. C’est ainsi qu’on le retrouve à la cour du Portugal en 1720 et ensuite à Madrid, au service de l’infante Maria Barbara qui avait épousé le Prince des Asturies. Durant 27 ans, il compose pour le clavecin, en particulier pour Maria-Barbara qui était très douée. La plus part de ses sonates lui sont dédiées. Il restera en Espagne jusqu’à sa mort, en juillet 1757.

Il est dans un large mesure, le créateur de la technique moderne du clavier et son influence s’étend jusqu’à Liszt. Romain Rolland disait que dans ses œuvres de musique de chambre, Scarlatti a pu entièrement perfectionner l’orchestre.

En ce XVIII siècle, l’école Napolitaine est appelée à jouer un rôle dans toute l’Europe, après l’école Vénitienne. L’art instrumental est fortement développé. Les plus illustres maîtres ont laissé un témoignage d’un style moderne, tendant vers la musique de chambre et l’orchestre.

C’est donc à Naples qu’est né l’opera buffa. Un de ses premiers compositeurs fut Giovanni Battista Pergolesi, né prés d’Ancône en 1710. D’origine modeste, il étudia au conservatoire dei Poveri à Naples. On raconte que

Maria Spinelli, la fille du Prince de Cariati, oui, amoureux l’un de l’autre, surpris dans la chapelle du palais. Sommée par ses frères de se choisir un époux noble dans les trois jours, ou de périr par leur épée,… leur répondit au bout de trois jours qu’ayant choisi l’époux le plus noble de tous, Dieu, elle voulait se faire nonne au couvent de Santa Chiara. Un an plus tard elle était morte de chagrin. La cérémonie funèbre eut lieu dans la grande église du monastère. Pergolesi avait écrit la messe. Il la dirigea lui-même, debout devant le catafalque noir. Miné par la douleur il mourut peu après. Il s’est retiré à Pouzzoles, dans une maison qui donnait sur le port. Le murmure de la mer étouffa son dernier soupir. Il avait vingt-six ans.

Extrait de Porporino ou les mystères de Naples de Dominique Fernandez c’était en 1736. Pergolesi écrivit aussi des opéras qui sont les ancêtres de l’opéra comique. En 1752, après sa mort, triomphe à Paris sa Serva Padrona (servante maîtresse), crée en 1733 au théâtre San Bartolomeo de Naples ou elle eu un énorme succès. A Paris, elle est à l’origine de la fameuse querelle des Bouffons, querelle entre les partisans des opéras français et ceux de l’opéra italien.

Un autre Italien, Niccolò Piccinni, né à Bari en 1728, est à l’origine d’une autre querelle, celle des Piccinistes et des Gluckistes. Destiné à la prêtrise, Piccinni est envoyé au conservatoire San Onofrio de Naples. En 1776, il se rend à Paris ou Marie-Antoinette et Marmontel le protègent. Mais à Paris, il trouve un rival en la personne de Gluck qui vient de triompher avec son opéra Armide. Pour s’attirer le triomphe, les deux compositeurs écrivent une œuvre chacun de leur coté: Iphigénie en Tauride. C’est l’œuvre de Gluck qui déclenche la nouvelle querelle et devait changer l’orientation de l’opéra. Piccinni meurt à Paris en 1800.

Autre oeuvre du baroque, peu connue, « La finta cameriera » de Gaetano Latilla, né en 1711 à Bari et mort à Naples en 1788. Il était âgé de vingt-cinq ans lorsqu’il fit représenter à Naples son premier opéra, qui réussit et le fit connaître. En 1749, dans une famille pauvre d’Aversa, au Nord de Naples, naissait Domenico Cimarosa. Il reçu à Santa Maria de Loretta à Naples, une éducation très complète. Il était le grand rival de Giovanni Paisiello, musicien mort à Naples en 1816 et resté célèbre pour son œuvre « Il barbiere di Siviglia« , histoire qui sera reprise plus tard par Rossini. Cimarosa écrit à Venise un opéra « Il matrimonio segreto » (Le mariage secret) qui devait se jouer 110 fois à Naples. En disgrâce lorsque les Bourbons régnèrent à nouveau sur le royaume de Naples, il s’exila en Sicile, à Palerme ou il fut professeur au conservatoire. Stendal le traité de « délicieux mélodiste ». Cimarosa est mort à Venise en 1801.

Un autre napolitain célèbre, Ruggero Leoncavallo, s’illustra au XIX siècle par son opéra Pagliacci (Paillasse  en français). Il est né à Naples en 1857 et mort à Montecatini en 1919.

Le XIX siècle

L’éclosion de la chanson napolitaine se fait surtout au XIX siècle. Elle reflète toujours les sentiments du Peuple. Teodoro Cottrau, un musicien napolitaine d’origine française, devait composer l’air le plus célèbre, Santa Lucia dont voici la traduction originelle:

Quand brille
la pleine lune!
Venez venez
à Santa Lucia!
Le vent est frais
pour qui veut s’amuser à la mer,
La tente est prête
pour le repas;
Et quand on est assemblé
Il n’y a plus de mélancolie
Puis-je approcher ma barquette
Y a-t’il quelques clients?

Chantée dans toutes les langues par tous les plus grands ténors, Santa Lucia restera l’hymne des pécheurs du quartier de Santa Lucia ou le soir, on dansait la Tarantelle. D’autres chants s’inspirent des métiers comme « lo Tiramo » (tire-molaire, dentiste). Sur les plages, sur le port, il était d’usage de le trouver avec une tenaille pour vous arracher la dent!

En 1880, Salvatore di Giacomo s’inspirait des chants populaires des siècles précédents pour créer la chanson d’art telle que Marechiaro qui raconte l’histoire simple d’un pécheur amoureux qui allait donner la sérénade à sa belle. S’il y avait un géranium à la fenêtre de celle-ci, il pouvait s’approcher avec sa barque sinon, il passait au large. Cette chanson illustre bien la Nenia, chanson mélancolique napolitaine.

De nombreuses chansons deviendront fameuses dans le monde entier, Eduardo Di Capua et Giovanni Capurro composent en 1898 O Sole Mio.

Funiculì funiculà fu composé par Luigi Denza en 1880 pour la fameuse fête de Piedigrotta à Naples afin de promouvoir le très récent funiculaire qui grimpait sur le Vésuve. Ce dernier fut détruit en 1944 lors d’une éruption du volcan. D’autres compositeurs durant cette fin du XIX siècle créaient des chansons qui font encore le tour du monde. En 1902, les frères De Curtis composent Torna a Surriento qui sera reprise en 1961 par Elvis Presley (Surrender).

Le XX siècle

Le XX siècle, hélas, voit le déclin de la chanson napolitaine. L’ère de l’école napolitaine est terminée.

Salvatore Rosa, peintre, poète  fameux, né à Arenella, près de Naples en 1915, peint des batailles, écrit des satires en vues et se divertit à composer des chansons en dialecte. Le tout se rapporte aux incursions Sarrasines dont la campagne Napolitaine et la Côte Amalfitaine a eu beaucoup à souffrir.

Michelemma’ raconte l’enlèvement par les Sarrasins et la séquestration de Michela, la fille du notaire.

En 1873, naissait à Naples le plus célèbre chanteur de tous les temps: Enrico Caruso Fidèle à sa ville natale, il ne dédaignait pas de chanter les vieilles chansons napolitaines. Pourtant, à ses débuts au San Carlo, il chanta sans succès dans L’elisir d’amore de Gaetano Donizetti. Il meurt à Naples en 1921.

Renato Carosone, ce nom vous est probablement inconnu et pourtant ce chanteur compositeur napolitain à donné au monde de la chanson populaire des refrains que vous connaissez certainement. Qui n’a pas fredonné ou entendu cette chanson « tout ça m’est égal, du moment qu’on s’aime » par Dalida ou bien encore « tu vuoi fà l’americano » par Dany Briant? Et celle là par Gérard  Darmon (mais aussi par Dean Martin et Sofia Loren) Dalida encore avec Bambino, Ho la la. Ce grand personnage a écrit ses chansons en napolitain. Le napolitain est une langue, pas un dialecte, Naples fut la capitale d’un grand Royaume.

Renato Carosone grandit au sein d’une famille de trois enfants, il obtient son diplôme de piano en 1937. Il fut ensuite engagé par une compagnie artistique et part en Afrique Orientale durant 9 ans. Il y fit la connaissance de sa future femme Lita, avec qui il eut un fils (Pino). En 1946, il revint à Naples mais s’installa très vite à Rome où il devint populaire dans le monde musical. En 1949, avec son ami napolitain Gegè Di Giacomo (à la batterie) et le Hollandais Peter Van Wood (à la guitare électrique), il créa le Trio Carosone, qui devint quartette puis sextette en 1957.

Avec ses six musiciens polyvalents (l’un joue, entre autres de la cornemuse) et beaucoup d’exubérance napolitaine, Renato Carosone, pianiste arrangeur, aborde chaque note avec une optique originale. Il fut principalement remarqué pour ses chansons napolitaines. Dont les plus connues: « Maruzzella », « Tu vuo’ fa’ l’Americano » ainsi que « Mambo italiano ». Il présenta aussi différentes émissions télévisées jusqu’en 2001. Il a également interprété le titre « Istambul », très swing, que l’on peut retrouver sur la compilation Cannes 2001 Palm Beach Villa Mogador (FGL Productions). Renato Carosone est mort à Rome le 20 mai 2001.

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